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01.01.2006 / AGRICULTURE , PêCHE ET ENVIRONNEMENT

Exploitation des Ouvrages Hydrauliques dans le secteur de l’irrigation

Le rapport de mission
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Les ressources hydrauliques sont en Tunisie tributaires d’une pluviométrie aléatoire. Pour pallier à cette situation, les efforts des pouvoirs publics se sont orientés vers le développement de l’infrastructure hydraulique par la mise en place, notamment dés 1990, d’une stratégie intégrée visant l’augmentation, à l’horizon 2011, de la capacité de mobilisation des eaux à hauteur de 95 % des ressources disponibles, sachant que l’infrastructure hydraulique en place , au terme de l’année 2003, permet d’en mobiliser 88%.

Le secteur irrigué accapare, à lui seul, 80 % de la consommation d’eau. La superficie des cultures irriguées, qui couvre 7,3 % de l’ensemble des terres arables, a contribué , à hauteur de 38 % dans la production agricole et de 20% dans les exportations agricoles et a permis la création de 27% des emplois dans ce secteur. Pour ces raisons, l’intérêt est désormais focalisé sur l’aménagement des périmètres irrigués qui devront s’étendre, au cours de 2006, sur 395 mille hectares, sachant qu’ils ont couvert 365 mille hectares au terme du IXème plan de développement.

Les travaux de la Cour se sont articulés autour de trois axes principaux ayant trait à la gestion des ressources hydrauliques, à la création et l’exploitation des périmètres irrigués et à la rationalisation de l’utilisation des eaux d’irrigation.

La gestion des ressources hydrauliques

Il a été constaté, s’agissant de l’utilisation des eaux de barrages, l’absence d’un système d’information intégré regroupant l’ensemble des intervenants. Une telle insuffisance est de nature à entraver le suivi de nombreux paramètres tels que ceux relatifs à l’offre et à la demande tant au niveau de la quantité qu’à ceux de la qualité et du coût. De tels paramètres sont nécessaires pour déterminer la consommation effective, les taux de perte et le niveau de consommation abusive des eaux. De même qu’il a été constaté l’existence de divergences entre les services concernés quant à la détermination des quantités d’eau puisées annuellement dans les barrages et destinées à l’irrigation de certains périmètres irrigués.

Quant à la programmation des quotes-parts, le rapprochement des quantités affectées aux périmètres irrigués à celles effectivement utilisées, a permis de constater un faible taux d’utilisation, ces taux n’ayant pas dépassé, dans certains cas, 20,74 %. Cette situation a été à l’origine d’une sous-exploitation des ouvrages hydrauliques, tant au niveau de la mobilisation qu’au celui du transfert et la non exploitation, dans certains périmètres irrigués, des quantités d’eau provenant des ouvrages de transfert réalisés dans le but de réduire la surexploitation des ressources hydriques souterraines.

En ce qui concerne la maintenance des barrages, il a été relevé que le taux d’envasement a dépassé, dans certains cas, les prévisions arrêtées par les études, ce qui est de nature à réduire la durée d’exploitation de ces ouvrages. L’administration ne dispose pas des moyens et des procédés appropriés devant permettre la détermination du volume des vases accumulées dans certains barrages en vue d’identifier le meilleur procédé de dévasement.

Quant aux ressources hydriques souterraines, elles sont soumises, notamment au niveau des nappes phréatiques, à une surexploitation les exposant aux risques de tarissement et d’augmentation du taux de salinité, dés lors qu’il a été constaté que ces nappes sont exploitées à des taux dépassant 100%, voire dans certains cas 300% des ressources disponibles.

Les périmètres irrigués

La création des périmètres irrigués et les programmes de réforme agraire

La création des périmètres irrigués autour des barrages accuse un retard dépassant dans certains cas trois années par rapport à l’échéancier convenu avec le bailleur de fonds, entraînant à la fois un problème d’exploitation des eaux disponibles dans les barrages et la prorogation des délais d’utilisation des lignes de crédits.

Par ailleurs, le lancement de plusieurs projets d’une façon concomitante a constitué un handicap à la disponibilité tant des entreprises de travaux spécialisées que des quantités nécessaires de conduites sur le marché local, entraînant soit le renouvellement des appels d’offres soit la prolongement de leurs délais.

Il a été également constaté , au niveau de certains périmètres irrigués, un retard dans l’acquisition des terrains destinés à accueillir les ouvrages hydrauliques.

Par ailleurs, le suivi des réalisations du programme de l’Agence Foncière Agricole, à fin 2003, a permis de formuler des observations portant sur la mise en œuvre de la réforme agraire dans les périmètres irrigués. Elles ont trait, notamment, au retard enregistré dans l’assainissement de la situation foncière des périmètres irrigués aussi bien dans les nouveaux périmètres que dans les anciens, ainsi que dans ceux de la basse vallée de la Medjerda.

L’exploitation des périmètres irrigués

Si certains périmètres irrigués ont enregistré des taux d’intensification appréciables, d’autres n’ont pas atteint les niveaux escomptés. Ceci s’est traduit par un faible taux d’exploitation des réseaux d’irrigation et des ressources qui leur sont affectées et un niveau de production relativement bas. Le taux moyen d’intensification a atteint, au niveau national, durant la campagne 2002-2003, 77 %, avec cependant des différences notables entre les régions. C’est ainsi que les taux enregistrés, en la matière, ont été de 42%, 48%, et 78% respectivement dans les gouvernorats de l’Ariana, de Jendouba et de Tataouine et de 103%, 108% et 112%, respectivement dans les gouvernorats de Nabeul, de Kairouan et de Gabès.

Il convient de signaler à cet endroit que les IXème et Xème plans de développement se sont assignés pour objectif la réalisation, au niveau national, de deux taux avec une moyenne d’intensification agricole de 95%.

La non réalisation des objectifs, en matière d’intensification, provient essentiellement du manque de maîtrise des moyens technologiques, de l’insuffisance des ressources hydriques dans certains périmètres et du degré élevé de leur salinité en plus de la vétusté des réseaux d’irrigation et des problèmes fonciers. La résolution de ces problèmes pourrait permettre la réalisation d’un taux d’intensification pouvant dépasser 150% et ce, à l’instar de ce qui a été constaté dans certains périmètres irrigués.

Il a été également relevé que les objectifs assignés à la majorité des cultures stratégiques n’ont pu être réalisés. C’est ainsi que, pour la campagne agricole 2002-2003, le rendement des céréales à l’hectare a atteint 35 quintaux environ contre des prévisions de 52 quintaux. Quant au rendement des fourrages d’été, il est demeuré largement en deçà des prévisions puisqu’il n’a été que de 39 tonnes à l’hectare contre un rendement de référence de 80 tonnes à l’hectare.

L’indisponibilité des crédits nécessaires estimés à 4% du coût de la création des périmètres irrigués (soit environ 70 MD), a été, entre autres facteurs, à l’origine de la faiblesse des réalisations des programmes d’entretien et de maintenance, en ce sens que les crédits alloués en 2004 n’ont représenté que 15% de l’enveloppe nécessaire, soit environ 11 MD. Par ailleurs, il a été relevé que l’opération de suivi de l’évolution du taux de salinité des périmètres irrigués n’a couvert que partiellement et dans les limites minimales les périmètres menacés par ce phénomène et ce, en raison de la faiblesse des moyens disponibles tant humains que matériels.

Sur un autre plan, il a été relevé que les groupements d’intérêt collectif ne couvrent effectivement que 62 % de l’ensemble des périmètres irrigués, outre le fait qu’ils ne parviennent pas à couvrir la totalité des coûts d’exploitation et d’entretien.

Les insuffisances relevées au niveau de l’entretien et du suivi de la salinité des périmètres irrigués, constituent ainsi les principales causes du faible niveau d’exploitation de ces périmètres en termes d’intensification agricole et de rendement.

La rationalisation de l’utilisation des eaux d’irrigation

Le rythme d’exécution du programme visant à introduire les techniques d’économie des eaux d’irrigation dans l’ensemble des périmètres irrigués a accusé un net ralentissement, dans la mesure où les réalisations d’équipement atteindraient, au terme du Xème plan, environ 85 % de la superficie totale des périmètres irrigués contre un taux prévisionnel de 91%. Cette situation est imputable à la révision à la baisse du plafond des subventions accordées au secteur agricole dans le cadre du « Fonds Spécial de Développement Agricole et de la Pêche », à la vétusté des réseaux d’irrigation et à des problèmes fonciers.

Par ailleurs, le système de tarification des eaux d’irrigation n’a pas reçu l’attention requise, en rapport avec le degré de son influence sur le secteur des cultures irriguées , notamment au niveau de son impact sur le comportement des bénéficiaires des eaux d’irrigation.

Parmi les principales insuffisances relevées dans ce contexte, il conviendrait de citer la diversité des tarifs pratiqués. Ceux-ci sont déterminés en fonction des parties intervenantes et des périmètres irrigués compte tenu des données spécifiques à chaque région et à chaque périmètre, mais sans se fonder, en la matière, sur un examen objectif de ces spécificités ni même sur une comptabilité analytique. Celle-ci devrait permettre de mesurer la couverture des coûts d’exploitation et d’entretien en fonction des différents prix pratiqués et d’évaluer la réalisation ou non des objectifs attendus de l’utilisation de la tarification en tant qu’instrument d’encouragement.

 
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